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 Du danger d'être centré sur l'enfant

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AuteurMessage
Fanny

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Nombre de messages : 606
Age : 42
Emploi : Assistante Maternelle
Date d'inscription : 26/08/2008


21032010
MessageDu danger d'être centré sur l'enfant

Je vous propose ce texte de Jean Liedloff, auteure de "Le concepte du continuum, à la recherche du bonheur perdu". (fiche de lecture dans la bonne rubrique.)

Cette femme défend le portage; le co-dodo, et dit que c'est en acquérant dans les premières années de vie une sécurité affective sans faille, que, plus tard, on aura suffisamment de confiance en soit pour aller vers une réelle autonomie et échapper aux risques de compétitivité et dépendance (en GROS, GROS résumé).

On pourrait interpréter à tort ses propos en pensant qu'elle prône une vie, une éducation, entièrement centrée sur l'enfant. Et c'est pourtant tout le contraire. C'est ce que je trouve d'intéressant dans ses propos.


Du danger d'être centré sur l'enfant

Il fallut du temps à mon esprit "civilisé" pour comprendre ce que j'avais sous les yeux. J'avais passé plus de deux ans dans les jungles d'Amérique du Sud en compagnie d'Indiens de l'Âge de Pierre. De petits garçons voyageaient avec nous lorsque nous engagions leurs pères comme guides, et il nous arrivait souvent de passer des jours, voire des semaines entières, dans des villages yequanas. Les enfants y jouaient toute la journée sans être surveillés par des adultes ou des adolescents.

Ce ne fut qu'après la quatrième de mes cinq expéditions que je réalisai que je n'avais jamais vu de conflit, que ce soit entre deux enfants ou entre un enfant et un adulte. Non seulement les enfants ne se battaient pas, mais ils ne se disputaient même pas. Ils obéissaient à leurs aînés sur le champ et avec joie.

Où étaient passés les "deux ans terribles" ? Où étaient passés les crises de colère, la lutte pour n'en faire qu'à sa tête, l'égoïsme, le besoin de détruire et l'inconscience du danger que nous considérons comme normaux ? Où étaient passées les gronderies, la discipline, les "limites" nécessaires à endiguer leur esprit de contradiction ? Qu'était-il advenu de la relation conflictuelle que nous considérons comme allant de soi entre parents et enfants ? Où étaient les reproches, les punitions, ou, si l'on va par là, les signes de permissivité ?

[…]

J'ai entendu bien des cris et des rires quand les garçons étaient occupés à jouer dehors, mais dès qu'ils entraient dans les huttes, ils baissaient la voix afin de préserver le calme régnant. Ils n'interrompaient jamais la conversation des adultes. En fait, ils parlaient rarement en présence des adultes, se contentant d'écouter et de rendre de menus services tels que servir la nourriture ou la boisson. Loin d'être contraints à l'obéissance, ces petits anges étaient détendus et de bonne humeur. Et ils devenaient des adultes heureux, confiants et coopératifs !

[…]

Les gens qui me consultent […] voudraient savoir comment élever leurs enfants dans la joie et sans souffrance.

La plupart ont suivi mon conseil et, à la manière yequana, ont gardé leurs bébés dans un contact physique étroit jour et nuit, jusqu’à ce qu’ils commencent à ramper. Mais certains sont surpris et consternés de voir leurs bambins devenir exigeants et colériques — souvent avec le parent qui s’en occupe le plus. Quelle que soit la dose de dévouement et de sacrifice, l'humeur de l'enfant ne s'améliore pas. Les efforts faits pour l'apaiser ne font qu'augmenter le sentiment de frustration éprouvé tant par les parents que par l'enfant. Comment se fait-il donc que les Yequanas n'en passent pas par là ?

Ce qui fait la différence, c’est qu’eux ne sont pas centrés sur l’enfant. Il leur arrive certes de câliner leurs bébés, de leur faire "coucou" ou de chanter pour eux. Mais la personne qui s'occupe d'un bébé passe la plus grande partie de son temps à s'occuper… d'autre chose que du bébé ! De même, les enfants qui s'occupent des bébés ne considèrent pas cela comme une activité en soi, et bien qu'ils les transportent partout, ils ne leur prêtent que rarement attention. Ce qui fait que les bébés yequanas sont sans cesse au milieu d'activités auxquelles ils participeront plus tard, à mesure qu'ils grandiront.

Si, tout au long de la journée, on joue avec l'enfant, on lui parle, on l'admire, on le prive de cette phase dont il a besoin : être spectateur, porté dans les bras. Incapable de dire ce dont il a besoin, il va agir son mécontentement. Bien sûr il essaie d'attirer l'attention de la personne qui s'occupe de lui, mais — et c'est la cause d'un malentendu bien compréhensible — son but est de l'amener à changer d'attitude, à s'occuper de ses affaires avec confiance, sans paraître lui demander sa permission. Dès que la situation est corrigée, la conduite destinée à corriger l'attention et que nous prenons pour une pulsion permanente, peut disparaître. Cela est valable à tous les stades de développement de l'enfant.

[…]

Nombreux sont les parents de bambins qui, dans leur souci d'éviter toute négligence ou manque de respect des besoins de l'enfant, semblent avoir versé dans l'excès inverse. Ils sont centrés sur leurs enfants au lieu d'être occupés à des activités d'adultes que ceux-ci pourraient observer, suivre, imiter et auxquelles ils pourraient participer comme c'est leur tendance naturelle. Autrement dit, dans la mesure où un bambin veut apprendre ce que font les adultes, il veut pouvoir centrer son attention sur un adulte lui-même centré sur ses activités d'adulte. Un adulte qui arrête ce qu'il est en train de faire pour s'informer de ce que son enfant veut qu'il fasse, déçoit cette attente. De plus, l'enfant va percevoir cet adulte comme ne sachant comment se comporter, manquant de confiance en lui et, fait encore plus alarmant, attendant d'être guidé par lui, le petit de deux ou trois ans qui attend de l'adulte calme, compétence et assurance.

Face à l'incertitude de ses parents, la réaction tout à fait prévisible d'un bambin sera de les déséquilibrer davantage jusqu'à trouver l'endroit où ils resteront fermes, et apaiser ainsi son inquiétude de savoir qui décide.
Il se peut qu'il continue de dessiner sur les murs après que sa mère lui ait demandé d'arrêter, sur un ton d'excuse qui lui laisse penser qu'elle ne s'attend pas à ce qu'il obéisse. Si ensuite elle lui enlève ses feutres tout en montrant qu'elle craint sa colère, il répond à son attente — en créature sociale qu'il est — en piquant une rage. Si la mère interprète mal cette colère et tente encore plus de savoir ce qu'il veut, le supplie, explique et semble d'autant plus anxieuse de l'apaiser, l'enfant sera poussé à avancer des exigences plus inacceptables. Et il continuera ainsi jusqu'à ce que sa mère reprenne le contrôle de la situation et qu'il sente que l'ordre est rétabli.

[…]

Pour résumer simplement, lorsqu'un enfant tente de contrôler le comportement d'un adulte, ce n'est pas parce qu'il souhaite y parvenir, mais parce qu'il a besoin d'être certain que l'adulte sait ce qu'il fait. De plus, l'enfant ne peut s'empêcher de tester jusqu'à ce que l'adulte reste ferme et que lui soit rassuré sur ce point. Aucun enfant ne rêve d'enlever l'initiative à l'adulte à moins de recevoir clairement le message que c'est ce qu'on attend de lui — pas ce que l'on veut, mais ce que l'on attend ! En outre, quand un enfant sent qu'il a obtenu le contrôle de la situation, il se trouble et prend peur, et il est prêt à tout pour obliger l'adulte à reprendre le contrôle qui lui revient.

Lorsque les parents ont compris cela, ils n'ont plus peur d'imposer des choses à leur enfant, et ils se rendent compte qu'il n'y a pas matière à conflit. […] Les enfants, loin d'avoir l'esprit de contradiction, sont par nature des êtres profondément sociables.

C'est lorsqu'on s'attend à ce qu'ils le soient, qu'ils peuvent l'être. Quand l'enfant sent que ses parents s'attendent à ce qu'il soit sociable, il répond à cette attente ; et l'expérience que les parents font de la sociabilité de leur enfant renforce leur attente. Voilà comment cela marche.

Extrait traduit de :

JEAN LIEDLOFF (1994).
“Who’s in control ?
(The unhappy consequences of being child-centered)”
In : “Mothering”. Issue 73 / Winter 1994.


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Du danger d'être centré sur l'enfant :: Commentaires

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Merci Fanny pour ce texte très intéressant. C'est vrai que toutes ces "méthodes" d'éducation "nouvelles" qui n'ont rien de nouveau d'ailleurs, peut laisser penser que l'on se centre trop sur l'enfant et que cela peut avoir des conséquences non seulement sur l'enfant mais aussi sur la mère (là je pense tout à coup à Mme Badinter et à son dernier ouvrage).

C'est bien de mettre les choses au point et d'expliquer clairement pourquoi ça marche.

Ca permet sans doute aussi de pointer le doigt sur les dérives qu'une telle éducation peut engendrer. A vouloir trop bien faire, on finit par faire mal par incompréhention.

Je crois que j'ai trouvé ma prochaine lecture (côté pro en tout cas)

Fanny t'es-je déjà dit que je t'appréciais beaucoup ? Nan ? Ben j'te l'dit !!!
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Puisqu'on en est au "jeté de fleurs", je rejoins Cathy pour te dire, Fanny, que tes posts (pas assez nombreux à mon goût), sont toujours un plaisir à lire, plein de bon sens et de sagesse. En tant qu'ancienne conseillère familiale, je me sens sur la même longuer d'ondes. Merci Fanny.
Tout à fait d'accord avec l'auteure. Merci Fanny.
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Re: Du danger d'être centré sur l'enfant
Message le Ven 27 Juil 2012 - 15:49  Yoenai
Je conseille très fortement ce livre. Il a participé à ma "prise de conscience" .
 

Du danger d'être centré sur l'enfant

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